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Maîtrisez le clean-up de vos fuzz !

Dans absolument tous les pedalboards, on retrouve la même règle : les fuzz vintages doivent être placées en premier dans la chaîne d’effet. Avant les delays et reverbs, avant les overdrives, et surtout avant les buffers. C’est devenu une sorte de vérité universelle chez les guitaristes. Mais pourquoi faisons-nous cela ? Est-ce une superstition héritée des années 60, ou existe-t-il une explication électronique précise derrière le fameux clean-up des Fuzz Face et consorts ?

Dans cet article, je vous propose de vulgariser le phénomène pour comprendre comment l’interaction entre la guitare et la fuzz façonne le son — et pourquoi un buffer placé avant peut tout changer.

1. La résistance électrique

Avant toute chose, il nous sera utile de rappeler ce qu’est une résistance électrique. Une résistance est un composant électronique passif qui s’oppose au passage du courant. Ainsi, lorsque du courant cherche à traverser une résistance, son opposition créera à ses bornes une tension électrique. A l’inverse, appliquer une tension aux bornes d’une résistance permettra le passage du courant selon la fameuse loi d’Ohm : U = RxI.

Pour simplifier, on peut voir la résistance électrique comme une file d’attente dans un aéroport : si on fait venir des gens (une tension), ils passeront à un certain rythme, les uns après les autres (le courant). La durée de passage dans la file d’attente est analogue à la résistance électrique.

Lorsqu’on place deux résistances en série, on créer un pont diviseur de tension. C’est équivalent à avoir deux files d’attente d’affilé : pour faire passer le même nombre de personne, il faut additionner le temps de passage de chaque file. Ici, c’est la tension qui va se répartir aux bornes de chaque résistance en proportion de la valeur de celle-ci sur la valeur de résistance totale : 

Pont diviseur.png

Dans cette formule on voit bien le phénomène qui nous intéresse : la tension V2 aux bornes de R2 est plus petite que la tension V1. Le facteur de proportionnalité dépend de R1 et R2 : pour conserver V2 le plus proche de R1 possible, il faut avoir R1 très faible, ou R2 très élevé.

2. Qu'est-ce qu'une impédance ?

Pour généraliser la façon dont se comporte la tension et le courant dans les autres composants passifs (condensateurs et bobines), il faut étendre le concept de résistance. Les condensateurs laissent plus facilement passer les fréquences élevées que les graves, alors que c’est l’inverse pour les bobines. Là où la résistance électrique ne dépendait pas de la fréquence, l’impédance des condensateurs et des bobines varie, et les graves et les aigus ne se propagent alors pas de la même manière dans les circuits qui les utilisent.

Lorsqu’on branche une guitare dans un amplificateur, le micro de l’instrument et ses contrôles de tonalité et de volume vont naturellement s’opposer au passage du courant au traverse du câble. C’est ce qu’on appelle l’impédance de sortie de la guitare. Dans le cas d’un micro simple, voilà un exemple des valeurs qu’elle peut prendre : elle sera aux alentours de 6kohm aux basses fréquences – c’est cette valeur qu’on peut mesurer avec un multimètre et qui est souvent donnée par les fabricants pour juger du niveau de sortie – et monte jusqu’à 120kohm à 3.5kHz !

 

Lorsqu’on branche la guitare dans son amplificateur, son impédance de sortie se comporte exactement comme R1 dans la formule du pont diviseur de tension. Si on veut transporter le signal de l’instrument jusqu’à l’amplificateur sans perdre d’aigus ni de dynamique, il faut alors que l’impédance d’entrée de l’ampli, équivalente à R2, soit suffisamment élevée pour garantir l’intégrité du signal. C’est pour cette raison que la plupart des amplis et des pédales d’effet affichent une impédance d’entrée supérieure à 1Mohm, soit 1000kohm. De cette façon, le signal n’est que peu atténué et toutes les fréquences sont conservées.

3. Le cas de la fuzz

Mais qu’en est-il de nos fuzz favorites ? Lorsqu’on regarde l’impédance d’entrée typique d’une fuzz vintage comme la Fuzz Face ou la Tonebender MK1.5, on constate qu’elle n’est pas bien élevée ! Elle varie de quelques kohms à quelques dizaines de kohm seulement, c’est beaucoup moins que ce qui est attendu !

 

C’est à cause de cette faible impédance d’entrée que les pédales de fuzz interagissent autant avec la guitare. Lorsqu’on clean-up au volume de la guitare, on ne fait pas que changer le volume sonore qui arrive dans la fuzz : on fait varier le rapport d’impédance entre la sortie de la guitare et l’entrée de la fuzz, ce qui donne un caractère complètement différent. C’est cette connexion directe et ce jeu d’impédance entre micro de guitare, potentiomètre de volume et fuzz qui donne ce son si organique, et qui permet de passer d’un crunch présent et brillant lorsque le potard est bas à une fuzz massive et grasse lorsqu’il est à fond.

4. L'énigme du buffer

Certaines pédales intègrent un buffer, comme les Ibanez, les Maxon et les Boss. Ce buffer est un petit circuit qui s’occupe de découpler ce qu’il y a avant de ce qu’il y a après la pédale pour préserver le signal : il a une impédance d’entrée très élevée, comme un ampli, pour s’adapter à n’importe quelle source, et une impédance de sortie très faible, parfaite pour ne pas dépendre de ce qu’on branche après la pédale. Sur le papier, c’est très pratique et permet d’avoir la meilleure qualité de son possible.

Malheureusement, ce fonctionnement coupe complètement le lien dont nous venons de parler. Baisser le volume de la guitare ne modifie plus l’impédance vue par la fuzz, car le buffer s’interpose entre les deux. Impossible dès lors de récupérer ce son velu qu’on aime tant ! Il n’existe malheureusement pas de solution miracle pour se débarrasser du problème autre que de placer sa fuzz en premier dans sa chaîne sonore. Les pédales true bypass pourront être placées avant la fuzz, mais celle qui intègrent un buffer toujours actif doivent nécessairement être placées après – et même ainsi, activer les pédales placées avant la fuzz en changera drastiquement le caractère.

J’espère que cet article technique vous aura permis de mieux comprendre pourquoi il faut placer sa fuzz directement après sa guitare dans son pedalboard. Les impédances de sortie de la guitare et d’entrée pour la fuzz sont indissociables du son que vous obtiendrez et de cette capacité de clean au volume. Le moindre élément comme un buffer intercalé entre les deux viendra casser cette interaction.

Tout le monde n’a pas forcément envie de sacrifier le placement de sa fuzz dans son pedalboard juste pour cela ! Une alternative moderne consiste à utiliser une fuzz qui intègre intelligemment un buffer adapté dès sa conception, permettant de préserver le caractère du circuit tout en le rendant plus compatible avec une utilisation plus polyvalente. C’est notamment le cas de la Distorter, qui est conçue dès le départ pour contourner ce problème et qui peut donc se placer n’importe où dans la chaîne de son, même après vos reverbs !

Posté dans: Fuzz, Electronique audio

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