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Pourquoi la Tube Screamer sonne-t-elle mal ?

La Tube Screamer est certainement la pédale d’overdrive la plus connue et utilisée au monde, voire la pédale d’effet la plus reconnaissable toute pédale confondue ! Avec sa couleur verte et ses écritures blanches, vous en avez forcément entendu parlé, l’avez même peut-être testé, appréciée… Ou non. Si comme moi vous détestez la Tube Screamer, ou que vous trouvez qu’elle ne sonne pas bien avec vos amplis et vos guitares, restez avec moi pour cet article où j’explique pourquoi la Tube Screamer n’est pas toujours la meilleure option.

1. Cours d'histoire

En 1979, Susuma Tamura, ingénieur chez l’entreprise japonaise Nisshin, qui possède la marque Maxon, se voit confier la tâche de concevoir une pédale que l’entreprise fabriquera pour Ibanez afin de concurrencer la légendaire Boss OD-1 et l’américaine MXR Distorsion Plus. Il s’inspire alors de l’OD-1 tout en contournant le brevet déposé par Boss sur l’écrêtage asymétrique et conçoit alors la première overdrive à ecrêtage symétrique, mais surtout avec un réglage de tonalité permettant de régler le niveau d’aigu dans le son. La Tube Screamer était née, et restera au catalogue d’Ibanez et de Maxon pendant des décennies jusqu’à aujourd’hui.

Depuis sa création, des centaines de milliers de guitaristes ont joué sur cette pédale, et parmi les plus connues, on retrouvera Kirk Hammett (Metallica), John Mayer (qui joue sur une TS10), Jerry Cantrell, Stevie Ray Vaughan ou encore David Howell Evans, dit « The Edge » (U2). Et avec autant de beaux noms, il fallait forcément qu’internet se plonge dans les entrailles de cette pédale mythique, la désosse et commence à construire des mythes et des légendes sur cet effet…

2. Le circuit et les mythes

Schéma électronique de la Tube Screamer TS9

Voilà le schéma de la Tube Screamer, récupéré du site maintenant hors ligne Electrosmash.com. Tout le bloc orange correspond au switching on/off de l’effet, et on ne s’y attardera pas. On retrouve tout à gauche un buffer d’entrée à transistor bipolaire afin d’adapter l’impédance de l’effet à la guitare, puis l’étage de saturation, qui est un simple amplificateur non-inverseur. La saturation provient des deux diodes MA150 placées tête-bêche qu’on voit dans la contre-réaction. S’ensuit alors l’étage de filtrage actif, un filtre en plateau, puis le potentiomètre de volume et enfin le buffer de sortie pour attaquer de grandes longueur de câbles. Le paramètre le plus intéressant est probablement la réponse en fréquence, que je mets ici, avec le gain au maximum et en bougeant le potentiomètre de tone entre les réglages minimum (bass), milieu et maximum (treble). On voit que la pédale amplifie largement les mediums avec un pic vers 800Hz qui remonte jusqu’à 2khz. De plus, elle coupe énormément les graves.

Réponse en fréquence de la Tube Screamer TS9

Le circuit est assez ingénieux et mine de rien assez complexe, à cause des buffers et du fonctionnement actif du filtre. Plusieurs versions ont suivi après la TS808 originale, comme la TS9 dont je viens de présenter le circuit, la TS10, la TS5 en plastique de la série SoundTank, et plus récemment la TS mini ou la TS808HW fabriquée à la main.

Evidemment, internet se déchire pour savoir quelle version est la meilleure, et voici quelques mythes que l’on peut trouver en ligne.

« La TS808 sonne mieux que la TS9 ». Peut-être à vos oreilles, mais électriquement, la seule différence est la valeur de deux résistances sur le buffer de sortie, qui n’impactent en l’occurrence absolument pas la réponse en fréquence de la pédale, ni sa dynamique ou son taux de saturation. Si il y a un impact, il est absolument minime et largement dépassé par la simple tolérance des composants du circuit.

« La TS10 est la meilleure des TS ». Non, c’est le même circuit que la TS9, juste rangée dans un boîtier plus cheap et donc moins fiable. A vous de voir si vous voulez payer plus cher pour quelque chose qui tiendra moins longtemps !

« L’amplificateur opérationnel JRC4558 vintage est le meilleur ». C’est effectivement la référence d’amplificateur qui équipe les toutes premières TS avant que Maxon ne passe au Toshiba TA75558. JRC correspond à Japan Radio Company, un fabricant de puce électronique. 4558 correspond à la référence d’ampli op, et celle-ci est toujours produite dans plein de formats différents par plein de fabricants différents. Le plan de fabrication, lui, est toujours le même en revanche, et il n’a pas changé depuis sa conception. Si il y a des différences, là encore, elles sont largement dépassées par la tolérance des composants de chaque pédale. Pour la saturation, c’est pareil, les diodes ont largement plus d’impacts que l’ampli op utilisé, et celui-ci ne va jamais saturé de lui-même, à moins que vous ne rentriez avec un énorme boost dans votre Tube Screamer !

« Le 18V donne plus de headroom que le 9V ». Perdu ! Là encore, tant que vous ne rentrez pas avec un niveau élevé dans votre pédale, vous ne verrez aucune différence, car la construction du circuit écrête naturellement le signal aux alentours de 0.7V, même avec le gain à fond. Dès lors, impossible de se rapprocher des rails d’alimentation, il n’y aura pas d’autre impact sur votre son. Certaines pédales acceptent du 18V au lieu du 9V pour avoir effectivement un plus gros headroom, mais ce n’est pas le cas de la Tube Screamer.

3. Points positifs, points négatifs ?

Vous aimez la Tube Screamer ? C’est probablement pour l’une des raisons suivantes ! Déjà, par imitation, cette pédale est largement utilisée par la quasi-totalité des guitaristes. Il est donc normale que vous ayez rapidement essayé, voire adopté une Tube Screamer, et votre oreille s’est probablement formée à son timbre particulier au travers des centaines d’artistes qui l’ont utilisé. Ensuite, elle est facile à régler, avec ses trois simples boutons, et peu chère si vous acceptez d’en prendre une copie d’entrée de gamme. Si par chance vous jouez sur un ampli à lampe Fender, la Tube Screamer aurait apparemment était conçue sur un Deluxe, ce qui explique pourquoi elle marche aussi bien avec ces amplis et sur des micros simples. Enfin, avec ses graves coupées et ses mediums largement amplifiés, elle aide à percer le mix ou à booster un ampli déjà saturé, pratique si vous faîtes du rock un peu énervé ou du metal.

Cela étant dit, je n’aime pas du tout le voicing de la Tube Screamer pour la même raison que beaucoup l’apprécient. Tout d’abord, la pédale n’est pas non plus donnée si vous tenez à la réédition de la TS808 (comme on l’a vu, la TS9 et la TS mini sont des alternatives moins chères). Le boost de medium est bien trop nasal et il est plus efficace d’utilisé un bon égaliseur ou quelque chose de plus polyvalent si el but est de booster un ampli déjà saturé. La Tube Screamer a également un niveau de sortie assez faible comparé aux standards modernes. Mais son plus gros défaut pour moi reste le cruel manque de dynamique de la pédale, puisqu’elle sature trop vite le signal de la guitare. Cela donne une drôle de texture entre l’overdrive et le clean que je n’apprécie vraiment pas.

4. Les alternatives

La pédale ayant conservé ses défauts de jeunesse, le marché boutique a rapidement proposé des tonnes de variantes qui permettront à chacun de trouver la version de la Tube Screamer qui lui correspond. Cela étant dit, si vous cherchée une overdrive plus typée avec un tarif similaire, allez voir la Boss BD-2. Si vous cherchez plus de gain, la Fulltone OCD devrait vous ravir. Et si c’est au contraire le manque de dynamique qui vous frustre, la Klon Centaur corrigera cela avec plaisir.

Enfin, si vous cherchez une overdrive fonctionnellement équivalente à la Tube Screamer, mais beaucoup plus polyvalente, je fabrique la Singer Overdrive. Le niveau de saturation est peu ou prêt le même, mais la façon de créer cette saturation rend le jeu bien plus fluide et réactif, avec une bosse dans les mediums plus travaillées et surtout un égaliseur actif à trois bandes permettant de régler finement chaque bande de fréquence. Vous pourrez alors pousser les mediums autant que vous le souhaitez, ou au contraire les creuser pour donner un timbre plus proche d’un ampli à lampe. Le volume de sortie est aussi beaucoup plus élevé que sur la Tube Screamer originale.

Pour résumer, la Tube Screamer reste l’overdrive incontournable, pas prise de tête, que tout le monde a déjà testé et entendu, mais qui conserve des défauts comparés aux circuits modernes. Pléthores de clones et de variantes existent pour vous satisfaire, mais aucun ne corrige vraiment les défauts du circuit original sans s’en détacher. Pensée pour être une meilleure alternative à la Tube Screamer, la Singer Overdrive, conçue en collaboration avec la marque d’ampli boutique AmS, sera bien plus polyvalente et ravira ceux qui cherchent une excellente overdrive sans les défauts de la Tube Screamer.

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