Une courte analyse de la Klon Centaur, ses mythes et ses alternatives
Pourquoi la Klon marche-t-elle ?
Si je vous dis overdrive transparente boutique, il y a de fortes chances que vous pensiez à la Klon Centaur. Elle est l’incarnation même de la pédale boutique : fabriquée à la main en petite quantité, le circuit recouvert d’epoxy pour en éviter la copie, un circuit qui n’avait jusque-là jamais été utilisé, et une véritable attention aux détails. Je vous propose aujourd’hui de revenir sur ce qui fait les caractéristiques de la Klon Centaur, son histoire et les mythes qui l’entourent.
1. L'histoire de la Klon Centaur
Au début des années 80, Bill Finnegan, joue régulièrement à Boston, avec une Fender Telecaster et un Twin Reverb poussé aussi fort que possible. Malheureusement, il ne peut pas toujours jouer au volume qu’il lui faut pour pousser son amplificateur, et la Tube Screamer alors en vogue à l’époque ne satisfait pas ses besoins – on ne peut pas lui en vouloir !
Entre 1990 et 1994, Bill travaille donc avec des amis du MIT à la création d’un circuit nouveau qui compenserait la richesse harmonique tout en conservant un maximum le son d’origine de son instrument et les sensations de jeu. En 1994, il commence à commercialiser sa pédale sous la marque Klon LLC, et arrêtera la production en 2008, considérant qu’il n’était plus possible de continuer sous cette forme artisanale au vu de la demande considérable qui accompagne la pédale. Il fabriquera alors la Klon KTR, conçue partiellement avec Paul Cochrane, créateur de la Timmy, qu’il commercialisera à partir du 2014.
La Klon Centaur est probablement la pédale « boutique » qui a eu le plus d’impact sur le son de la guitare électrique. Utilisée par Jeff Beck, John Mayer, Matt Schofield, et des centaines d’autres guitaristes, elle mérite largement son satut d’overdrive mythique. Tous les guitaristes ont probablement joué sur une Klon ou une de ses variantes un jour et si ce n’est pas votre cas, je vous conseille d’y jeter une oreille pour voir si elle vous plaît !
2. Un demi-cheval sous le capot
Intéressons nous au circuit de la Klon Centaur et aux mythes qui l’entourent. Comme on peut le voir ci-dessous, il est vraiment bien plus complexe que celui de la plupart des overdrives !
En bas à droite, on remarque que l’alimentation utilise une puce spéciale pour convertir le 9V entrant à la fois en -9V et en +18V, ce qui donne en réalité une marge de 27V dans laquelle notre signal va pouvoir être amplifié sans saturation désagréable. Ce « headroom » participe largement au contrôle des harmoniques propre à la Klon.
Si on suit le chemin de signal, de gauche à droite, l’entrée passe d’abord par un buffer qui est tout le temps actif. La pédale est donc buffered bypass et non true bypass, ce qui oblige à l’alimenter en permanence, mais a l’avantage de préserver la clarté et la dynamique de l’instrument.
Le circuit d’overdrive est très particulier : le signal audio suit trois chemins différents. Le premier, en haut, conserve les fréquences basses sous les 100Hz. Le deuxième, en bas, contourne l’étage de saturation et conserve le son clair lorsque le réglage de gain est au minimum. Le troisième amplifie le signal et le sature avec une paire de diodes au germanium 1N34A lorsque le gain est monté. Les trois chemins sont alors additionnés, avant de rejoindre un contrôle de tonalité qui règle le niveau d’aigu et enfin le réglage de volume final.

Nous ne sommes effectivement pas devant le circuit le plus simple, je le conçois ! Sa dynamique et sa gestion du gain en font un circuit unique, avec les deux sonorités mélangées en parallèle.
Si on parle maintenant des mythes autour de la Klon, on la décrit comme une overdrive transparente. Pour autant, le circuit présente une réponse en fréquence avec une bosse dans les mediums, autour de 1kHz. Pour mieux comprendre ce que ce terme veut dire, j’ai déjà abordé le sujet dans un précédent article.

Le deuxième mythe qui revient systématiquement est celui lié aux diodes au Germanium, les fameuses 1N34A, très difficiles à trouver aujourd’hui. Il est indéniable que ces diodes ont une influence sur le comportement de l’étage de clipping, notamment à cause de leur caractéristique I-V. Pour autant, cela ne signifie pas qu’elles soient irremplaçables : il est possible de reproduire, au moins approximativement, une courbe de transfert similaire avec d’autres composants et donc d'obtenir un comportement proche dans le circuit. Même Bill, qui utilisait déjà des diodes de fabricants différents, a dû modifier les Klon KTR pour s’adapter à des diodes différentes sur les nouvelles versions. Le voicing, c’est-à-dire l’égalisation globale de la pédale et sa gestion de la dynamique, est en fait le principal reponsable du « son » de la Klon.
On peut souvent lire que le buffer de la Klon Centaur est magique et a un son unique. Pour le coup, c’est tout simplement un bête circuit de buffer à amplificateur opérationnel, il n’y a aucune sorcellerie derrière et beaucoup de pédales de buffer utilisent ce schéma. Le mythe vient peut-être du fait que certaines pédales Boss et Ibanez avaient un buffer à JFET mal conçu et qui absorbait la dynamique malgré tout ?
De la même façon, la Klon n’a pas de composants magiques à l’intérieur : les amplis op sont juste des TL072, qui étaient alors relativement récent. Le circuit d’alimentation assez particulier est maintenant devenu standard chez de nombreux fabricants, et s’appelle une pompe de charge. Notons que brancher la mauvaise alimentation dans une pédale qui en utilise une peut la détruire.
Enfin, je n’ai trouvé aucune différence documentée de circuit ou de changement de valeurs de composants entre les Klon argentées et dorées, les différences proviendraient probablement de la tolérance des composants.
3. Que penser du son ?
En vérité, la question ne concerne pas la Klon Centaur originale, dont la côte est devenue bien trop chère pour la plupart des musiciens. En comparaison d’une Tube Screamer, la Klon conserve bien mieux la dynamique et les graves de l’instrument , mais présente une bosse dans les mediums qui renforcera le côté claquant des micros simples et apportera un peu de précision aux micros doubles.
J’ai pendant longtemps été déçu de la façon dont le contrôle de gain fonctionnait, avec ce mélange de sons clairs et saturés. Ceci dit, avec le temps et en m’amusant à stacker mon clone avec d’autres overdrives, j’ai fini par apprécier la dynamique que cela apporte lorsque d’autres éléments de la chaîne de son saturent également, pédales comme ampli. C’est d’ailleurs finalement assez proche de la philosophie de la Distorter, où on contrôle séparement les volumes du son clair et du son saturé, bien que celle-ci ne soit pas basée sur la Klon.
Enfin, je ne conseillerais pas la Klon pour quelqu’un qui joue exclusivement sur un ampli clair, à moins de chercher un fort boost de volume et à le pousser dans ses retranchements comme l’a pensé Bill. La Klon aura fera pour moi plus sens pour booster un ampli qui est au bord du crunch, voire un ampli metal à la manière d’une Tube Screamer, ou une autre pédale d’overdrive légère style Bluesbreaker.
Enfin, n’oubiez pas d’essayer la Klon Centaur à différents endroits de votre chaîne d’effet et en jouant avec les réglages de gain. Vous trouverez probablement une autre utilisation à cette pédale que le classique always-on en fin de chaîne, gain à zéro qui, soit dit en passant, n’utilise donc pas du tout les diodes de la pédale.
4. Les alternatives
Si vous souhaitez conserver vos reins, il est hors de question d’acheter une originale, qui côte maintenant quelques milliers d’euros sans problème. L’alternative la plus logique est évidemment la Klon KTR, qui est encore en fabrication.
Si vous cherchez des copies un peu moins onéreuses, la Wampler Tumnus et la J.Rockett Archer ont déjà largement fait leurs preuves.
Electro Harmonix a également la Soul Food basé sur la même architecture, et MXR a la Sugar Drive. Enfin, pour les budgets les plus serrés, la Mosky Golden Horse et la Tone City Bad Horse vous permettront quand même de vous en rapprocher.
Si vous cherchez un son différent de la Klon originale, ou plus d’options, jetez un œil à la Tumnus Deluxe, l’Origin Effects Halcyon, la Keeleys Mantis ou la J.Rockett Rockaway.
Cet article touche à sa fin, ce qui n’est pas plus mal vu sa longueur ! La Klon Centaur est une overdrive mythique pour de bonnes raisons, et seulement un trophée à conserver sur l’étagère d’un collectionneur. Si vous n’en avez jamais essayé, je vous invite vraiment à le faire ne serait-ce que pour avoir une idée du son et de la dynamique qu’elle apporte. Enfin, et comme toujours, je vous invite à expérimenter et à tester différents placements dans votre pedalboard afin de trouver l’endroit qui lui ira le mieux pour votre jeu. Pour ma part, je reste sur ce que m’apporte la Distorter comme alternative bien différente mais plus proche de ce que j’aime – c’est quand même avant tout pour ça que je fabrique mes propres effets !


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